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madamePee, madamePee

Une scène artistique mythique, des ateliers ludiques, des startups écologiques, 80 000 personnes attendues. We Love Green, un grand festival. On en espérait beaucoup, mais pas autant. Ce samedi 1erjuin et ce dimanche 2 juin furent incroyables. On vous raconte.

 

 

 

Nous avons rendez-vous devant l’entrée du festival à midi. Nous, c’est Alexandra, Nathalie, Alexia et moi (Paul). Il fait beau, il fait chaud. Nos urinoires sont au meilleur endroit : juste après l’entrée, à proximité des premières grandes scènes de concert. Tout s’annonce bien. Après avoir installé nos affaires près de la palissade en bois, on prévoit de casser la croute vite fait car le festival ouvre à 13h. En plus, il y a déjà la pressions, nos urinoires ont déjà été utilisées par les filles du staff. Alors, on dépiaute les sandwichs, les salades et les wraps faits maison. Ambiance partage de chips et bouteilles d’eau. Guillaume chargé de filmer les témoignages nous rejoint. On est parés.

Et il le faut. Pas mal de nanas arrivent déjà. Armés de gants latex, de pschitt au vinaigre, de bouteilles d’eau, d’éponge et de chiffons, on commence à nettoyer après elles. Au début, quinze-vingt personnes en dix minutes. Ensuite, ça ne s’est plus arrêté. On vous le répète, on était juste entre l’entrée du festival et les premières scènes donc tous le monde nous passait devant. Les mecs disaient : « Ah c’est ça les urinoires pour femmes. » Certains ralentissaient pour jeter un coup d’œil aux cabines et à l’oriflamme. madamePee est déjà la star. Puis, avec les premiers concerts importants, l’affluence et la boisson aidant, des mecs commencent à venir malgré la signalétique. Certains, même, entraient dans les cabines. J’ai dû aller leur expliquer que les toilettes étaient ailleurs. Ca passait mieux quand c’est un mec qui leur parle. Au début, ils m’écoutaient et rebroussaient. Ce n’est pas encore à l’heure des concerts majeurs, les mecs ne sont pas trop imbibés. Une heure après, ça commence à râler, ça part pisser contre le premier arbre aux alentours. Mais entre moi qui fait « la police » et le reste de l’équipe qui nettoie, on contrôle… jusqu’à 16h car le concert d’Aya Nakamura débute et là, c’est l’afflux massif. Les nanas entrent en courant dans les cabines. Nous avons des pics à soixante personnes. Certains mecs, voyant que les filles ont cette facilité sans attendre, commencent à brailler. Des propos fielleux du genre : « Ah parce que maintenant, faut avoir une chatte pour pisser ?!! » ou « Des urinoirs pour les femmes… Et pourquoi pas pour les blancs ou pour les noirs ? » Un d’entre eux est même entré dans une cabine, a laissé un souvenir nauséabond (en clair un gros caca) et en est sorti en beuglant : « Encore un truc de féministe à la con. » Dans l’esprit We Love Green, Nathalie répond à l’indésirable calmement : « Ok. Va faire ton festival. » J’admire son sang froid. En fait, elle bouillonnait. Je ne pensais pas que des mecs se sentiraient menacés. C’était une minorité. Il faut laisser le temps aux mentalités.

Et cela n’a pas gâché pas la fête. Les cabines madamePee ont continué d’absorber le flux. A la fin du concert d’Aya, quatre-vingt filles ont accouru simultanément. « Oh Djaja ! » (On le sait car Guillaume les dénombrait debout sur un petit promontoire.) Et quant aux hommes qui se trompaient, on les a dérivés par deux grandes bâches qu’on a fabriquées avec des planches avec inscrit : « Urinoirs pour hommes, 20 mètres plus loin » suivi d’un gros cœur.

 

Mettez-vous dans le contexte : une équipe à l’entrée portant les mêmes teeshirts gris aux couleurs de madamePee. Tout le monde pensait qu’on faisait partie du personnel du festival.

Et d’une certaine manière, c‘était vrai. Nos cinq cabines ont permis aux femmes d’assouvir rapidement leur envie pressante de façon hygiénique et écologique en tout intimité. Certes, nous n’étions pas les seuls. Trente urinoires équipaient We Love Green, mais les filles aimaient venir chez nous car c’était propre. Mathilde et Carla, les filles de Nathalie, venues nous aider à récolter des témoignages, vous le confirmeraient : toutes les femmes nous soutenaient.Une bande nous a même demandé si les toilettes étaient payantes. Quand on leur a répondu que non, elles ont crié : « Ah Yes !!! Le poing en l’air. »

Petite histoire qui confirme le côté premium que revêtaient les urinoires madamePee : deux filles sont venues et ont voulu passer devant tout le monde en arguant qu’elles avaient payé des badges VIP. Alexandra est allée leur expliquer que non, qu’il y avait des toilettes liées à l’espace VIP et que là, elles étaient prioritaires. Elles ont râlé puis sont parties. Toutes les filles sont VIP chez madamePee.

Le lendemain, les urinoires sont toujours occupées sans discontinuer. Je crois que pendant toute la durée du festival, les toilettes n’ont été libres qu’une minute. Et il n’y a jamais eu d’embouteillage. 45 secondes au lieu de 2 mn à chaque fois. Nos espoirs de gain de temps se confirment. Un carton total.

Derrière, il y avait les guerrières. Un monsieur PSV sympa était là en cas de problème technique, mais sinon on s’est occupé de l’animation et de la maintenance. Toutes les demi-heures, du pschitt au vinaigre entre deux passages. « Attendez une minute s’il vous plaît, on va juste nettoyer. » Les filles étaient ravies de nous laisser. « Bien sûr, allez-y. » Beaucoup de mercis, beaucoup de compassion. Il faisait très chaud. Certaines ont même voulu laisser un pourboire. Alexandra leur répondait : « Non, non ! On est madamePee, pas dame pipi. »

On n’a fait pas fait que trimer. Par rotation, on libérait une personne pour se reposer sur les transats à l’ombre, très prisée, ou pour profiter du festival. J’ai été goûter aux effluves électroniques de la tente « Lalaland ». Les filles ont profité du stand thé glacé et des animations : atelier couronnes de fleurs le samedi, maquillage paillette blanc rouge gris, couleurs de madamePee le dimanche. Je vous laisse admirer le résultat.

 

 

« Franchement ouais, on adhère ! » est le cri du cœur de nos utilisatrices lors de ce festival We Love Green. Quant à nous, on en garde de supers souvenirs et quarante piqures de moustique chacun.

 

 

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madamePee, madamePee

Jeudi 16 mai, 7h du mat’, je bois mon café tranquillement en écoutant France Info lorsqu’un chroniqueur se met à parler de Vivatech et des innovations à la française. D’habitude, je suis plutôt zen, mais là j’ai senti une légère pression. Vivatech, on en parle partout, c’est le salon de l’innovation, et madamePee, dont je fais partie, y installe non pas un stand mais cinq cabines urinoires. Comme l’a écrit Le Parisien, c’est « une vitrine puissance dix pour madamePee »! Plus de 100 000 personnes sont attendues dont 40 % de femmes d’après les prévisions. J’imagine 40 000 femmes se ruant sur les cabines madamePee en même temps ! Puis je ferme les yeux et me dis : « Calme toi. On y va. »

Ah oui, je ne me suis pas présentée : Alexandra, membre de madamePee depuis six mois. J’ai rencontré Nathalie quand elle est venue voir le campus de Ville d’Avray. A l’époque, elle cherchait un appui technique et moi je travaillais au laboratoire de recherche de l’université de Nanterre  dans le cadre de mon master II en Génie industriel Eco-conception et aéronautique. Elle m’a raconté que les urinoires madamePee étaient des cabines alors que j’imaginais de simple pisse-debout., et surtout elle m’a dit que le produit était conçu par des femmes pour des femmes. Ça m’a emballé. J’ai donc rejoint madamePee où je participe, aujourd’hui, aux évolutions du produit avec notre atelier de design. En ce moment, je calcule, entre autres, les contraintes que subissent les arceaux de la cabine grâce à des calculs d’élément finis. Le produit évolue sans cesse. C’est ce qui permet de rester devant. Et c’est passionnant.

Voilà, voilà, mais revenons à Vivatech. Je rejoins l’équipe près des cabines madamePee. Et là, petit hic, les urinoires madamePee et les cabines mixtes sont installées dehors. Or tous les stands sont à l’intérieur. Les femmes ne penseront pas à venir. En plus, il fait froid, la plupart des visiteuses sont en tailleurs et en talon. Voudront-elles venir ?

Nathalie a prévu la parade : arpenter les toilettes intérieures du salon saturés de monde et distribuer des flyers aux visiteuses qui attendent pour leur dire que des urinoires sont à leur disposition dehors si elles le souhaitent.

David, Juliette (une amie que j’ai fait venir en renfort) et moi sommes chargés de distribuer les plaquettes. Nathalie et Paul restent près des cabines pour veiller à que tout se passe bien et nettoyer si besoin. Ce n’est pas forcément nécessaire. Les cabines sont no touch, et leur usage s’est déjà révélé intuitif aux précédents événements. Mais on est vigilants. Ces cabines, c’est un peu notre bébé, vous comprenez.

Pendant les trois jours du salon, on a tourné ainsi en switchant d’équipe à alterner observation/nettoyage des urinoires madamePee et pédagogie/ recrutement aux files d’attente des toilettes intérieures du salon. Quand on leur tendait un flyer, certaines filles posaient des questions : « Ah ok comment ça marche ? », « J’connaissais pas, intéressant. » D’autres promettaient de venir et « adoraient le concept ! »  Et nous avons constaté que les personnes qui passaient, repassaient. A l’usage, les filles ont utilisé nos cabines naturellement. La signalétique que nous avons travaillée fonctionne. Si le salon n’a pas fait un gros volume pour madamePee, le succès qualitatif est indéniable. Ça m’a gonflé le moral. Je suis partie au foodtruck avec Paul et Nathalie, et on n‘a pas pris qu’une salade.

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